Billet d'un directeur des services pénitentiaires n°1

Plus que la liste des postes qui donneront droit à un logement de fonction, la Direction de l’Administration Pénitentiaire nous a livré le 15 novembre 2012 sa conception du dialogue social.
Il aura fallu 22 jours pour que notre hiérarchie nous communique enfin un projet qui ne tient absolument pas compte de nos revendications. En effet, plusieurs points extrêmement importants, selon moi, sont ignorés par nos instances dirigeantes.

Le logement : « Deux poids ... »

Il n'est nul part question de la reconnaissance du fait que le logement est la contrepartie d'un statut spécial qui nous impose à nous et à nos familles des sacrifices que peu d'autres corps de fonctionnaires accepteraient. En effet, en décidant, de façon unilatérale que certains postes dont les titulaires resteront soumis au statut spécial, aux astreintes et à l'obligation de mobilité ne bénéficieront plus de cet outil de travail, la DAP met en évidence que le logement n'est plus la contrepartie de nos obligations, mais un simple avantage accordé selon le bon vouloir du prince.
Mieux, la liste des postes ouvrant droit à logement est insultante pour nos collègues laissés pour compte. Il est facile de déduire de cette liste que les responsabilités, les contraintes et l’expertise de ces collègues, dans les rangs desquels se trouvent notamment les chefs de département en DI, sont moindres que celle du chauffeur du DAP puisque lui bénéficiera d'un logement sur la base de ces critères !!!
Notre directeur veut bien remettre en cause nos conditions de vie et celles de nos familles, mais il n'est pas envisageable que cette réforme qui aura de profondes répercussions sociales pour nous, lui fasse attendre sa voiture quelques minutes de plus ...
Peut-on sérieusement envisager de cautionner un tel affront ?

La réforme du statut :  « Cause toujours ...»

Les directeurs des services pénitentiaires réclament depuis le hold-up de 2007 une véritable réforme de leur statut et un alignement de celui-ci sur les corps dont le Garde des Sceaux de l'époque estimait qu'ils avaient des charges et des responsabilités comparables aux nôtres.
Là encore, alors que notre corps connaît une mobilisation importante et que les demandes relatives à ce sujet ont été exposées à de nombreuses reprises, nous n'avons obtenu aucune réponse. « Cause toujours tu m’intéresses » permet de résumer l'attitude de nos interlocuteurs qui n'ont, à aucun moment, laissé la moindre ouverture sur ce sujet.
Voilà la confirmation, si besoin en était que notre Ministre n'a aucunement l'intention d'entamer une véritable discussion sur ce sujet. Les enveloppes budgétaires ont été réservées aux magistrats, mais il est vrai que leur présence en nombre rue du Renard pourrait laisser à penser qu'ils sont le seul corps d’encadrement du Ministère de la Justice...
Nous avons la confirmation que la discipline, que nous avons respectée depuis de nombreuses années, ne nous permettra pas d’obtenir ce qui nous a été promis et que seule une mobilisation importante et continue aura des effets.

L'avenir du corps : « Qui veut tuer son chien... »

Les quelques échanges que nos représentants syndicaux ont eu avec les représentants de la DAP, au cours du mois écoulé, ont permis de mettre en avant un point qui devrait tous nous interroger plus que tout autre. Lorsqu'il nous est exposé que les DSP seront cantonnés dans les postes en établissements, c'est notre avenir que l'ont  met en cause.
En reconnaissant qu'il y a une volonté de nous écarter des postes d’encadrement supérieur de notre propre administration et en parachevant cela, en rendant nulle l’attractivité de ces postes, la DAP se prépare un magnifique contre argument contre nos revendications d'accéder au A+. « Qui veut tuer son chien l'accuse d'avoir la rage ». Et qui veut prouver que les DSP n’appartiennent pas à un corps d’encadrement supérieur fait en sorte de les écarter des postes où ils pourraient prouver leurs compétences.
Comment justifier nos revendications futures si nous acceptons de nous voir exclure des postes où sont définies les orientations de notre administration ?

La suite du mouvement : « Comme on fait son lit ... »

Nous nous sommes tous, un jour ou l’autre, plaint de l’isolement qui résulte de nos fonctions. Mais nous devons faire attention à ne pas créer nous-mêmes cet isolement. En acceptant cette réforme nous acceptons de la mettre en œuvre au détriment même de certains de nos collaborateurs et nous créons, de fait, une scission entre les différents corps d’encadrement de l’administration pénitentiaire. En refusant de nous joindre à eux et en acceptant de décliner au niveau local cette réforme injuste, nous lui donnerons notre visage et nous créerons notre propre isolement.
Pire, en acceptant, parce que finalement notre petit confort n’est plus remis en cause, que certains de nos collègues se voient retirer un outil de travail, nous créerons une division dans notre propre corps.
L’ENAP a déjà laissé entendre aux élèves directeurs, que nous accueillons actuellement en stage, qu’ils devront chercher un logement lorsqu’ils seront affectés sur leur premier poste. Si nous ne nous mobilisons pas pour eux, nous acceptons que l’Administration leur retire, sans aucune contrepartie, près de 50% de leur pouvoir d’achat.
Il ne nous restera plus qu’à espérer que les prochaines promotions se voient remettre à leur sortie de l’école, une nouvelle dotation afin de leur permettre d’assumer leurs fonctions :

 

 


Un directeur des services pénitentiaires

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