Billet d'une directrice des services pénitentiaires n°3

« Lettre à mon conjoint »

Mon Pauvre Conjoint,

    A toi qui as fait le choix de construire ta vie avec une DSP, tu ne te doutais pas de ce que tu allais endurer.

    Depuis des années, tu supportes sans rien dire, les retours à la maison en soirée, et même parfois beaucoup beaucoup plus tard, les départs de la maison aux aurores au fil des incidents, les week-ends d‘astreinte loin de sa famille en raison de l’actualité de l’établissement, les vacances annulées lorsque des contrôleurs ou des événements l’imposent, et un CET bien rempli par obligation au fur et à mesure des sacrifices de congés…

    Depuis très longtemps, tu supportes de gérer seul nos enfants et notre logistique familiale, d’accepter mes contraintes toujours plus fortes et d’être patient face à mon épuisement professionnel, mais aussi d’endurer mes soucis permanents et constants liés à ma responsabilité de plus en plus écrasante dans un isolement professionnel déstabilisant…

    Depuis de nombreux déménagements, tu subis constamment, à chaque mutation, des difficultés d’intégration pour que tes nouveaux collègues dépassent ta position de conjoint de la Directrice, de toujours devoir te refaire une légitimité professionnelle en ayant perdu ta reconnaissance passée, d’avoir mis de côté tes désirs de promotion professionnelle et de spécialité car ceci cumulé à mon obligation de mobilité, rend les choses impossibles en famille.

    A toi qui supportes tout ceci depuis trop longtemps, il va te falloir accepter aujourd’hui l’inacceptable : ne pas pouvoir me suivre dans le cadre de mes mutations statutaires obligatoires et sans cesse rappelées par la DAP (alerte sur les délais dépassés, restrictions sur des catégories de postes, demandes de mobilité nationale et non régionale, ...).

    Tu vas devoir rester à l’autre bout de la France dans l’attente qu’une vacance de poste se libère peut-être enfin, seul, éloigné de ta famille. Au mieux, tu seras contraint d’accepter d’être affecté dans un ressort géographique non défini pouvant nous éloigner de plusieurs centaines de kilomètres. Et, toi qui restes le pilier de notre quotidien en famille, il va te falloir accepter de passer le relais à des nounous et autres baby-sitters pour permettre à ta conjointe DSP que je suis, de continuer à tenter d’honorer ses fonctions envahissantes, jusqu’à ton affectation à mes côtés.

    Mon Cher conjoint, une chose est bien évidente, je ne vais pas accepter ceci sans me battre le moment venu. Et si besoin, rassure toi bien, entre notre vie de couple et de famille et mon poste de DSP, c’est bien toi que je choisirai.  

Une Directrice désabusée……

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